
La veuve noire d’Australie (
Latrodectus hasselti) est dure en affaire... Lorsqu’un mâle lui fait la cour, non seulement elle s’assure qu’il soit à son goût mais en plus, elle n’est pas toujours disposée à lui laisser le bénéfice de sa paternité ! Bref, une araignée qui arrive à avoir le beurre et l’argent du beurre dans la relation amoureuse.

Latrodectus hasselti
L’espèce Latrodectus hasselti est endémique à l’Australie, c’est une proche parente de la célèbre veuve noire d’Amérique du Nord. La femelle est considérée comme dangereuse, contrairement au mâle, car sa morsure peut être mortelle pour l’homme. En amour, eh bien... c’est la même chose : son baiser est mortel ! Lindsay Snow et Maydianne Andrade de l’Université de Toronto au Canada connaissaient déjà sa mauvaise réputation pour avoir étudié la belle à plusieurs reprises. Mais cette fois, les deux biologistes, qui viennent de publier leurs travaux dans la revue
Proceedings of the Royal Society B, se sont intéressées à son choix en matière de géniteurs...
La femelle s’accouple parfois avec plusieurs mâles. Tous le savent : il leur faudra sans doute se sacrifier pour parvenir à l’acte. Le scénario est toujours le même. L’énorme femelle est sur sa toile et le petit prétendant courageux vient se glisser sur la face ventrale de son abdomen. Alors, il insert l’un de ses deux pédipalpes (organes copulateurs logés sur la tête) au niveau de l’ouverture génitale de la femelle jusque dans la spermathèque correspondante. En effet, la femelle possède deux spermathèques. Ce sont des organes qui lui permettent de stocker le sperme. L’intérêt d’une telle anatomie ? Eviter qu’un mâle ne prenne l’avantage reproducteur sur les suivants… Après quelques secondes, le mâle exécute une sorte de pirouette et se retrouve directement entre les crochets de la femelle !
La plupart du temps, cette dernière n’hésite pas une seconde. Elle perce l’abdomen du mâle et commence à le dévorer à l’aide de puissantes enzymes digestives alors que le malheureux termine le transfert de son sperme dans l’organisme de sa partenaire. Et puisqu’il a tendance à laisser son palpe reproducteur à l’intérieur de la spermathèque bloquant l’entrée comme une ceinture de chasteté, avoir deux spermathèques permet à la future maman de sélectionner le père de son choix pour sa progéniture, l’autre spermathèque étant encore libre... Elle décide donc de la paternité, conclusion fascinante à laquelle sont arrivées les deux scientifiques en réalisant plusieurs expériences.
Elles ont amputé le même pédipalpe reproducteur chez deux mâles. L’un et l’autre devait donc déposer leur sperme dans la même spermathèque. Le premier à venir se reproduire avec la femelle était le grand gagnant de cette course à l’amour : il fertilisait en moyenne 80% des oeufs. En revanche, dans le cas où l’on avait sectionné le pédipalpe de droite à un mâle et celui de gauche à un autre mâle, la femelle pouvait enfin faire la fine bouche. Les possibilités de réussite pour chaque mâle devenaient équitables car l’avantage du premier disparaissait. Il ne fertilisait plus que 50% des oeufs ! Finalement, seuls les mâles les plus gros et les plus résistants échappent à ce cannibalisme amoureux, l’occasion pour eux de saisir une seconde chance, repartir à l’assaut et fertiliser la totalité des oeufs...
Source:
Proceedings of the Royal Society B
CarolineLepage
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30/05/2005